Interview La Dernière Heure

“Je ne cuisine plus depuis dix ans”

Maman de deux petites filles (7 et 10 ans), la ministre n’a que très peu de temps à leur consacrer

BRUXELLES Annemie Turtelboom dit regretter qu’on ne demande jamais à un homme comment il parvient à concilier une vie de ministre et sa vie privée. “Pourquoi demande-t-on toujours ça uniquement aux femmes?”, s’exclame-t-elle avant de répondre tout de même à la question

Et vous parvenez à concilier les deux ?

“Non ! C’est toujours difficile. J’essaie d’être avec mes proches quand c’est nécessaire. Ces moments sont rares et il faut bien les choisir. J’ai quand même réussi, bon, d’accord, avec l’aide de mes proches, à organiser une petite fête d’anniversaire de trois heures pour ma fille Andréa. Je ne cuisine plus depuis dix ans ! J’ai la chance d’avoir des parents et des beaux-parents qui ont du temps. Je mange une fois par semaine, le dimanche soir, avec ma famille. Le reste du temps, quand je rentre chez moi, tout le monde a déjà mangé. Je me contente souvent de sandwichs lors des réunions.”

Quels moments privilégiés vous accordez-vous avec vos deux filles ?

“J’essaie de les conduire deux fois par semaine à l’école et de prendre le déjeuner ces jours-là avec elles.”

Et avec votre mari ?

“(Rires) Les soirées à deux, c’est très, très rare.”

La vie de famille vous manque ?

“Oui, c’est très dur parfois, mais en me lançant en politique, j’ai fait un choix et je l’assume. Je ne vais pas me plaindre. Ce manque fait partie du métier. C’est le revers de la médaille.”

Vous avez reçu des lettres de menaces visant vos filles. Comment avez-vous réagi? En avez-vous parlé à vos enfants ?

“Non, elles n’étaient pas au courant. Elles n’auraient pas compris que ce genre de menaces est courant en politique et qu’il est rare qu’elles soient mises à exécution. Je n’ai pas eu peur, mais pour protéger ma famille, je ne voulais pas que ces histoires de menaces soient rendues publiques.”

Interview> N. Ben.

v”Je ne suis pas rancunière”

La libérale dit avoir tourné la page sur son passage chahuté à l’Asile et l’Immigration

BRUXELLES Il aura fallu qu’Annemie Turtelboom quitte la tête de l’Asile et de l’Immigration pour que la question épineuse des sans-papiers soit enfin réglée. La ministre libérale accepte, mais brièvement, de revenir sur cette période difficile de sa carrière.

Vous avez également été la première ministre en charge de l’Asile et de l’Immigration. Que retiendrez-vous de cette expérience ?

“C’est du passé, je préfère ne plus en parler mais je reste convaincue que c’est un département du futur. Il est à prendre en considération comme phénomène social en évolution.”

Qu’auriez-vous voulu accomplir que vous n’avez pas eu le temps ou la possibilité de faire ?

“Je suis fière d’avoir sorti les enfants des centres fermés.”

Vous avez fait l’objet de nombreuses critiques à cette époque-là, avez-vous été blessée ?

“C’est du passé !”

Les guéguerres avec Marie Arena, Elio Di Rupo and Co, c’est enterré ?

“Ces discussions sont clôturées. Je ne suis pas une rancunière. Pire parfois, j’oublie même des choses ! Quand ces divergences d’opinion ont lieu entre deux hommes, on n’en fait pas toute une histoire, on ne parle pas de leur testostérone ! Quand c’est entre deux femmes, on parle de guerre entre femmes…”

Certains vous ont qualifiée de femme têtue et fermée. Vous souhaitez modifier cette image ?

“Je peux vraiment lutter pour quelque chose, oui, en politique c’est primordial, mais je n’estime pas être une femme têtue.”

Interview> N. Ben.

“Une femme sait faire plusieurs choses à la fois”

La ministre avoue ne consacrer que très peu de temps à son apparence physique

BRUXELLES Avant d’être ministre, Annemie Turtelboom est avant tout une femme – et une mère – de 41 ans. Et c’est à ce titre qu’elle a aussi accepté de répondre à nos questions.

Quelles sont les qualités qu’un homme peut envier à une femme ?

“Une femme sait mieux écouter qu’un homme. Une femme sait aussi faire plusieurs choses à la fois.”

Avez-vous un côté féministe ?

“Oui ! Je ne l’étais pourtant pas à 20 ans. Ce qui m’agace, c’est quand un homme et une femme qui font le même métier ne sont pas considérés de la même manière.”

Quels sont vos secrets de beauté ?

“(Rires) Je n’en ai pas ! Il me faut maximum deux minutes le matin pour me préparer. Je m’habille toujours en noir, comme ça il est plus facile d’accorder les tenues.”

Est-ce qu’on vous donne des conseils sur vos tenues vestimentaires ?

“Non ! Quand je vais dans une boutique, le vendeur sait qu’il a dix minutes pour me convaincre d’acheter, sinon c’est trop tard, je m’en vais.”

Pour les grandes occasions, comme lors de votre présence auprès du Roi le 21 juillet dernier, vous vous accordez les services d’un coiffeur ou d’un maquilleur ?

“(Rires) Je n’en ai même pas eu le temps ! Par contre, j’achète toujours mes vêtements chez des créateurs belges. C’est ma manière de soutenir le secteur et de promouvoir la mode belge, c’est important.”

Quel était votre rêve de petite fille ?

“Je voulais devenir pilote.”

Enfin, quelle est la chose que vous ne supportez pas chez un homme ?

“(Petit moment de réflexion) Les chaussettes blanches !”

Interview > N. Ben.

Améliorer la formation des policiers

“Il y a des machos mais des machas aussi !”

BRUXELLES En tant que ministre de l’Intérieur, Annemie Turtelboom est désormais aux commandes de la police.

En tant que première femme à la tête de la police, pensez-vous devoir davantage faire vos preuves ?

Allez-vous prôner la parité hommes-femmes au sein de la police ?

“C’est une évolution naturelle. À Anvers, par exemple, il y a plus de femmes que d’hommes à l’école de police, école que je compte aller visiter d’ailleurs. Regardez, il y a 20 ans, il n’y avait que très peu de femmes dans la médecine. Maintenant, c’est l’inverse.”

Exigerez-vous des policiers d’être plus sévères, notamment aux frontières en matière de contrôle des sans-papiers ?

“Melchior Wathelet est désormais compétent pour le dossier des sans-papiers. Ce n’est plus dans mes compétences. Ma priorité est maintenant ailleurs. Je ne vais pas utiliser mon département pour régler ce qui est du passé pour moi.”

Qu’est-ce qui, selon vous, doit changer à la police ?

“L’évaluation des dix ans de la réforme de la police montre qu’elle est globalement réussie. Mais il reste des points à améliorer. Un exemple ? La formation des policiers. Je vais visiter une école où la 7e secondaire formation sécurité sera proposée dès la rentrée.”

Vous verra-t-on souvent sur le terrain ?

“Bien sûr, c’est essentiel. Les dossiers doivent être combinés avec des visites sur le terrain.”

Interview> N. Ben.

La première femme à la tête de la police

Annemie Turtelboom, la nouvelle ministre de l’Intérieur, se dévoile

BRUXELLES Après avoir été la première à occuper le poste de ministre de la Politique de Migration et d’Asile, voilà que, depuis le 17 juillet, Annemie Turtelboom (Open VLD) est devenue la première femme à prendre la tête de l’Intérieur.

Si son premier poste au gouvernement fédéral s’est révélé un cadeau empoisonné pour la jeune libérale flamande, cette fois, elle a bénéficié d’une belle promotion la plaçant notamment à la tête de la police. Pour sa rentrée politique, Annemie Turtelboom a accepté de répondre à la DH.

Ce poste à l’Intérieur, vous le convoitiez ou votre nomination fut une surprise ?

“C’est évidemment un département qui est très intéressant. Évidemment qu’il m’intéressait mais c’est toujours une surprise de se le voir attribuer. Ce poste n’est toutefois pas supérieur à un autre au sein du gouvernement.”

Vous n’avez toujours pas actualisé votre site Internet sur lequel vous vous présentez comme ministre de l’Asile et de l’Immigration. Ces compétences vous manquent-elles tant ?

“C’est juste une question technique que nous n’avons pas eu le temps de régler. Je donne la priorité au contenu. La forme, c’est secondaire. Mais non, non, je n’ai aucune nostalgie (rires).”

Vous être fière d’être la première femme à accéder à un tel poste ?

“Très fière ! L’Intérieur fait partie des cinq départements historiques de la politique belge, avec celui des Finances, de la Justice, des Affaires étrangères et de la Défense. Il n’est donc pas étonnant qu’il soit l’un des derniers départements à s’ouvrir aux femmes.”

Justement, qu’allez-vous en tant que femme apporter de neuf dans ce ministère ?

“C’est la mixité hommes-femmes qui fait qu’un département ou une entreprise fonctionne bien. Une enquête réalisée aux États-Unis souligne qu’une team manager mixte produit 30 % de rendement supplémentaire.”

Depuis votre nomination à l’Intérieur le 17 juillet, qu’avez-vous déjà réalisé ?

“Pour l’instant, j’étudie mes dossiers et j’ai déjà rencontré quelques directeurs de département. Je prépare la note de politique générale. J’ai effectué quelques visites avec la Protection civile. J’ai rendu visite au personnel du home de Melle où a eu lieu l’incendie causant neuf morts. J’étais en Italie au moment des faits. En pleine nuit, j’ai décidé de rentrer et d’écourter les vacances de ma famille de deux jours. C’était important pour moi d’apporter mon soutien aux victimes de ce drame en me rendant sur place.”

Comment s’annonce la rentrée? Vous nous réservez du changement ?

“Récemment, une évaluation positive des dix ans de la réforme de la police a été rendue. Certains points doivent encore être améliorés. Nous préparons donc des plans d’action en ce sens. Mon prédécesseur Guido De Padt m’a bien aidé.”

Quels sont vos dossiers prioritaires ?

“La Protection civile. La réforme pour les pompiers. La présidence belge de l’Union européenne 2010 que nous devons déjà commencer à préparer.”

Interview : Nawal Bensalem

Annemie Turtelboom nous a reçus dans son nouveau bureau du 2 rue de la Loi, où elle préside depuis cet été aux commandes du ministère de l’Intérieur.

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